CADREMPLOI : Ces clichés qui plombent les femmes en entretien d’embauche

Selon le Code du Travail, aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement en raison notamment de son sexe, sa situation de famille ou son âge. Voilà pour la théorie…

« Quand vous m’avez demandé de réfléchir à des clichés entendus en entretien d’embauche, ma première réaction a été de soupirer », concède-t-elle. Encore un article sur le sujet ? Silvana Frazzetta s’en passerait volontiers. Mais cette consultante, fondatrice d’Atmosphère Coaching, reconnaît vite que c’est nécessaire car encore trop d’actualité. « Quand j’entends certaines choses en accompagnement, voire plus simplement autour de moi, il y a de quoi être encore choquée. »

« La grossesse, c’est pour quand ? »

Même si la question – illégale – est rarement posée de façon frontale, elle arrive.
« J’ai accompagné une salariée de 28 ans à qui on a demandé de façon anodine si elle avait des projets, témoigne Silvana Frazzetta. On sait ce que ça veut dire. Elle allait justement se marier et s’est demandé quoi répondre. »
« Pas la peine de mentir pour faire plaisir à un recruteur », recommande Goretty Ferreira, dirigeante de l’Agence pour l’entreprenariat féminin. « Même si la question d’une éventuelle grossesse n’est pas posée frontalement, il ne faut juste dire au recruteur ce qu’il a envie d’entendre. Et puis surtout, essayer de ne pas mentir car c’est toucher sa propre identité. Or, il faut absolument garder son authenticité. » Malgré tout, cette militante pour la parité recommande de ne pas entrer trop dans le domaine de l’intime et à garder le curseur sur le plan professionnel. « On peut dire que le sujet n’est pas d’actualité mais que s’il le devenait, l’organisation suivrait en conséquence sans affecter votre vie professionnelle. Sans compter que l’on peut aussi rappeler qu’il y aurait aussi un papa, soumis aux mêmes exigences. » Façon de dire que l’on pourrait aussi, de temps en temps, songer à poser la même question à un homme…

« Qui va s’occuper des enfants ? « 

Et même si les enfants sont déjà « faits », la candidate n’y coupe pas. « Si un recruteur sait que vous avez des enfants, il peut être amené à poser des questions de logistique, ce qui est une façon voilée de vous demander qui va s’occuper des enfants », ironise Émilie Devienne, auteure du livre Les 50 lois des femmes qui réussissent. Mais pour cette coach, inutile de se braquer.

« Pour dépassionner le débat, il faut capter l’énergie de cet entretien. Si la question est neutre ou bienveillante, comme c’est souvent le cas, il suffit juste de le rassurer sur ses capacités ou son implication. On peut clore le débat avec une formule du genre « Dans un de mes postes précédents, j’ai obtenu tels résultats ou effectué X déplacements avec des enfants en bas âge ». On peut aussi jouer la carte de l’humour avec une phrase du genre « Si j’ai appris trois langues, ce n’est pas seulement pour partir en vacances ». »

« Et sinon, votre mari, il fait quoi ? »

Mais il y a une autre question qui fâche davantage Émilie Devienne. « Qu’un recruteur s’inquiète de votre organisation et de votre efficacité à un poste peut s’entendre même si on ne poserait pas la question à un homme. Mais quand on interroge une candidate sur son mari, là, je sors de mes gonds. » Cette coach – et militante – cite ainsi le faussement anodin « Et sinon, votre mari, il fait quoi ? ». « Car la disponibilité est associée aux enfants mais aussi au mari. S’il a un poste important, on soupçonne la candidate d’avoir juste besoin de s’occuper et de démissionner à la première promotion venue, du conjoint évidemment. » La coach cite ainsi le cas d’une cadre supérieure à qui on hésitait à proposer un poste à New York. « On lui a dit qu’avec son mari et ses enfants, ce serait sans doute compliqué. Mais elle a tout de suite coupé court en disant : « Toi tu t’occupes de ma mobilité, et moi du reste ». »

Vers un changement de mentalités

Pour autant, Silvana Frazzetta refuse de rester uniquement sur le terrain de la complainte. « Les questions et clichés par rapport au statut marital sont consternants, poursuit la coach. Mais n’est-ce pas aussi aux femmes, autant que possible, de ne pas tendre de perches ? » Cette spécialiste cite ainsi quelques mauvaises habitudes comme de spécifier son statut marital et le nombre, voire l’âge de ces enfants sur son CV. « Ne pas donner ces informations n’empêchera peut-être pas un recruteur de poser la question, mais les citer les autorise un peu à en parler… » « Heureusement, les mentalités changent un peu grâce à la génération Y, observe Goretty Ferreira. Je vois de plus en plus d’hommes évoquer spontanément des questions de flexibilité parce qu’ils sont plus impliqués dans leur vie de famille. Alors peut-être qu’un jour, on cessera de poser ces questions tendancieuses aux femmes. Ou on les posera aussi aux hommes… »

 

Source : Cadremploi – Céline Chaudeau 

 

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